propos de Un petit coin de paradis...

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Photo de tournage, 2007


Jacqueline Veuve papillonne en Valais.

Thierry Jobin, Le Temps 22 cotobre 2008

Etonnante et revigorante Jacqueline Veuve. Après avoir filmé son marché adoré (Jour de marché), s'être regardé le cœur (La Nébuleuse du cœur) et monté au créneau pour La petite dame du Capitole, la voilà qui revient avec Un petit coin de paradis, trois ans de tournage dans le village abandonné d'Ossona, dans le val d'Hérens. Elle a eu l'idée d'en filmer la réfection par des jeunes de 14 à 16 ans, adolescents de Suisse, d'Haïti ou du Maroc qui ont connu des enfances difficiles et sont, fatalement, devenus des enfants difficiles. Belle idée de documentaire, d'autant que ces apprentis maçons, jardiniers et menuisiers sont épaulés par les derniers habitants du village, des septua, octo et nonagénaires qui ont passé leur enfance en autarcie entre ces raccards.

On entre donc dans la salle persuadé de découvrir un documentaire, au choix, sur le choc des générations, sur l'amour de la nature, sur l'écotourisme, sur l'abandon des villages, etc. Or non. C'est un film qui induit un refus à peu près total d'une quelconque focalisation. Parce que Jacqueline Veuve aime papillonner. Et ses films, surtout ces dernières années, passent d'un sujet à l'autre, d'une couleur à l'autre sans aucune forme de complexe. D'un rythme à l'autre aussi: jamais, en moins d'une heure trente, aucun cinéaste n'aura placé autant de versions différentes de «Sentier valaisan».

Certains spectateurs (et critiques) en arrivent à penser et à dire qu'il s'agit là d'une forme de nonchalance. Mais il y a tout lieu de croire, d'abord parce que Jacqueline Veuve commence toujours par une phase de recherche et de documentation gigantesque, que c'est exactement l'inverse: qu'y a-t-il de plus difficile, au cinéma, que de donner le sentiment de la spontanéité, d'amener le spectateur dans un lieu comme si c'était la première fois, de lui donner l'illusion de vivre ce qu'il voit comme s'il s'agissait d'une retransmission en direct. Et la voilà qui invente un direct du paradis.


JV LocarnoPresse Locarno

Hebdo, 15. 8. 2008

Locarno jour 9: histoires du monde paysan de montagne

Elle a filmé mieux que quiconque le monde paysan et les métiers en voie de disparition. Un petit coin de paradis approfondit ces thèmes et transmet un savoir oublié à la jeunesse. Jacqueline Veuve a suivi pendant deux ans les travaux transformant Ossona, hameau abandonné du Val d’Hérens, en site agro-touristique. Agés entre 75 et 91 ans, les anciens habitants se souviennent, témoignent et dialoguent avec six adolescents en difficulté qu’on emploie à la reconstruction du village désaffecté.

Six à sept décennies séparent les vieux des jeunes. Un gouffre temporel. Le Valaisans chenus ont connu une vie difficile. Il fallait travailler dur pour manger, brasser la neige pendant une heure pour aller à l’école. Mais «On n’était pas malheureux, on se contentait de ce qu’on avait». A défaut de prospérité, les montagnards avaient la beauté, le calme, le silence, le contact avec la nature sauvage et grandiose, des liens sociaux forts. En face d’eux, les gosses à la dérive n’ont pas de repères. Ils viennent de Haïti, du Maroc, on sent les déracinements, les drames familiaux. Au contact de la nature, ces gosses des villes apprennent à ouvrir les yeux, à observer les manifestations foisonnantes de la vie et les insectes bizarres. En travaillant le bois, en plantant des arbres, ils s’inscrivent à nouveau dans une histoire millénaire. Ils renaissent à la vie, comme les chalets qu'ils réparent.

Les aînés leur parlent d’une époque inconcevable où l’on pouvait laisser sa porte ouverte, où les tomates, les spaghetti et les frites étaient inconnus, où les hommes travaillaient au barrage onze heures par jour, sept jours par semaine avec une heure de libre le dimanche matin pour la messe ou la lessive, où en guise de Nintendo les gosses n’avaient qu’une grossière boule taillée dans le bois à la main pour jouer aux quilles dans leurs rares instants de loisirs. En ce temps, on ne rentrait jamais à la maison s’en ramener quelque chose: du bois pour le feu, des baies, des simples – le plantain, c’est «une plante miraculeuse, de l’or dans la nature» explique une dame. Il guérit des piqûres d’orties ou de guêpes. Il leur explique le principe du «guitchou» une meurtrière dans le mur du chalet pour tirer le renard depuis son lit. Ils présentent des objets d’autrefois: l’attrape-marmotte, une pique meurtrière pour harponner les pauvres bêtes dans leurs terriers, l’espèce de double spatule servant à corriger la croissance des cornes chez les futures reines, la baguette dont l’instituteur se servait pour faire de la pédagogie. Les enfants n’étaient pas des petits princes, en ce temps, mais des forces vives. On ne leur n’épargnait pas les coups de pieds au cul, on les terrifiait avec des histoires folkloriques pleines de fantômes…

Deux kids écoutent du rap sur leur ghetto blaster et dansent tandis que deux vieux s’éloignent parmi les plantes foisonnantes. Deux générations se croisent, et c’est ainsi depuis la nuit des temps. Mais le temps va toujours plus vite et le gouffre s’accroît. Le temps d’un film, Jacqueline Veuve prend le temps d’écouter les récits venus de loin et de faire un bout de chemins avec ceux qui les raconteront plus tard. Un petit coin de paradis nous ravit comme un conte de fées et avive la mélancolie des choses qui ne sont plus.

Locarno jour 10: notes sur d’autres films

On mesure pleinement le talent de Jacqueline Veuve en visionnant N.N., un film qui conduirait le spectateur à dormir furieusement si, par chance, une panne, de le libérait a bout de 45 minutes de ce pensum consacré aux mutations de la  campagne galloise. L’image de ce documentaire plan-plan est moche. On nous y montre les travaux des champs, les activités paroissiales, les concours agricoles, on suit le bibliobus sur les routes sinueuses. Dans Un petit coin de paradis, l’image est belle et les souvenirs des personnes âgées entrent en résonance avec la jeune génération. Rien de ça chez ..., qui filme platement quelques vieux se préparant au concours de la plus belle tarte…  Qu’est-ce que ce machin terne fait en compétition? [...]


Dellaplane, 14 agosto

Un coin de paradis, Jacqueline Veuve

In alcuni tratti sembra che ci si lasci prendere la mano dall’alta definizione, ma le figure tratteggiate alla fine si definiscono nella miglior tradizione della regista vallese. Bello soprattutto il rapporto che si costruisce tra i vecchi e i giovani, di come questi in fondo si approprino di una memoria che le loro diverse marginalità gli hanno negato.

Ad un certo punto sembra che lo sviluppo della zona sia negata dalla sconfitta di Sion come sede olimpica, a favore di Torino; il progetto che porta i ragazzi a ricostruire il territorio e sé stessi è intitolato a Don Bosco: mi permetto un po’ di orgoglio torinese.


Tribune de Genève, 13 Août 2008 |

Jacqueline Veuve dévoile "Un petit coin de paradis"Festival de Locarno

Le Festival de Locarno dévoile demain jeudi «Un petit coin de paradis» de Jacqueline Veuve qui retrace la résurrection d'un hameau valaisan. Ce documentaire juxtapose les témoignages d'anciens habitants et les commentaires d'ados oeuvrant sur le site.

«Nous avons suivi durant trois ans la première étape de la réhabilitation d'Ossona, hameau du val d'Hérens abandonné lors de la construction du barrage de la Grande Dixence au début des années 60», raconte la cinéaste vaudoise. «Cet endroit est un vrai petit paradis !»

Situé à plus de 900 mètres d'altitude, face aux pyramides d'Euseigne, ce plateau verdoyant revit grâce à un projet pilote visant à favoriser le tourisme pédestre et le développement durable. Une auberge, quatre gîtes pour les promeneurs, des bâtiments pour le bétail ont été construits et le bisse fonctionne à nouveau.

Le documentaire expose les enjeux et difficultés de ce projet tant pour la commune valaisanne de St-Martin que pour Daniel Beuret, l'exploitant agricole installé sur place. Le film donne la parole à des anciens habitants d'Ossona et à cinq adolescents ayant participé à la remise en état du hameau.

«Ces ados avaient des problèmes scolaires», indique la réalisatrice «Ils sont venus travailler sur le chantier une fois par semaine. Les conditions de tournage ont parfois été difficiles car je craignais un peu leur réaction. Certains avaient 13-14 ans et en trois ans on les a vu évoluer...»

Deux heures pour aller à l'école

Les anciens disent leur vie d'antan sur ce hameau qui comptait alors une vingtaine de bâtisses en bois. «Il n'y avait ni eau courante, ni route et il fallait deux heures pour aller à l'école», explique la Vaudoise. «Ils ne sont pas nostalgiques mais contents de voir leur village revivre après avoir été abandonné et pillé.»

Au début des prises de vue en 2005, Jacqueline Veuve a ressenti beaucoup de froideur dans les rapports entre jeunes et anciens. «Je suis sûre que certaines de ces personnes âgées considéraient ces ados un peu comme des chenapans ! Par la suite, ils se sont beaucoup plus intéressé les uns aux autres.»

Dans le film, les adolescents font connaissance par exemple avec une herboriste. «Elle leur parle des plantes bienfaisantes mais aussi des croyances d'autrefois, des âmes en peine...», dit la réalisatrice. Après trois ans, Jacqueline Veuve constate une fierté chez ces jeunes. «Malgré leur vie chaotique, ils ont fait quelque chose de positif.»

Inauguration ce week-end

Le site d'Ossona sera inauguré ce week-end, sans doute en présence de quelques personnalités politiques. Des navettes de bus gratuites sont prévues pour le public depuis St-Martin.

«Nous allons montrer les infrastructures et le bisse par exemple. Il y aura aussi des jeux pour les enfants et une visite commentée de la flore locale», indique M. Beuret. Son exploitation réunit 25 vaches, quelques chevaux, des cochons, des chèvres laitières et des animaux de basse-cour.

«Attention, Ossona n'est pas un zoo !», précise en riant Daniel Beuret. Le site est dédié à l'agro-tourisme. L'inauguration marque la fin de la première étape de la réhabilitation. La seconde prévoit en particulier la construction de quatre gîtes d'ici un an.


Le Nouvelliste.ch

Jacqueline Veuve raconte son paradis valaisan

13 août 2008 - Philippe Triverio/ATS 

FESTIVAL DE LOCARNO. Le Festival de Locarno dévoile jeudi «Un petit coin de paradis» de Jacqueline Veuve qui retrace la résurrection d'un hameau valaisan. Ce documentaire juxtapose les témoignages d'anciens habitants et les commentaires d'ados oeuvrant sur le site.

«Nous avons suivi durant trois ans la première étape de la réhabilitation d’Ossona, hameau du val d’Hérens abandonné lors de la construction du barrage de la Grande Dixence au début des années 60», raconte la cinéaste vaudoise. «Cet endroit est un vrai petit paradis!»

Situé à plus de 900 mètres d’altitude, face aux pyramides d’Euseigne, ce plateau verdoyant revit grâce à un projet pilote visant à favoriser le tourisme pédestre et le développement durable. Une auberge, quatre gîtes pour les promeneurs, des bâtiments pour le bétail ont été construits et le bisse fonctionne à nouveau.

Le documentaire expose les enjeux et difficultés de ce projet tant pour la commune valaisanne de St-Martin que pour Daniel Beuret, l’exploitant agricole installé sur place. Le film donne la parole à des anciens habitants d’Ossona et à cinq adolescents ayant participé à la remise en état du hameau.

«Ces ados avaient des problèmes scolaires», indique la réalisatrice «Ils sont venus travailler sur le chantier une fois par semaine. Les conditions de tournage ont parfois été difficiles car je craignais un peu leur réaction. Certains avaient 13-14 ans et en trois ans on les a vu évoluer...»

Bâtisses en bois

Les anciens disent leur vie d’antan sur ce hameau qui comptait alors une vingtaine de bâtisses en bois. «Il n’y avait ni eau courante, ni route et il fallait deux heures pour aller à l’école», explique la Vaudoise. «Ils ne sont pas nostalgiques mais contents de voir leur village revivre après avoir été abandonné et pillé.»

Au début des prises de vue en 2005, Jacqueline Veuve a ressenti beaucoup de froideur dans les rapports entre jeunes et anciens. «Je suis sûre que certaines de ces personnes âgées considéraient ces ados un peu comme des chenapans! Par la suite, ils se sont beaucoup plus intéressé les uns aux autres.»

Dans le film, les adolescents font connaissance par exemple avec une herboriste. «Elle leur parle des plantes bienfaisantes mais aussi des croyances d’autrefois, des âmes en peine...», dit la réalisatrice. Après trois ans, Jacqueline Veuve constate une fierté chez ces jeunes. «Malgré leur vie chaotique, ils ont fait quelque chose de positif.»

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